La bande dessinée francophone belge contemporaine

Textyles. Revue des lettres belges de langue française

Colloque annuel – octobre 2008


Depuis l’aube des années 1970, la bande dessinée francophone connaît une légitimité croissante. Medium trop rapidement et injustement rangé au rayon des productions pour enfants, la bande dessinée a généré depuis plus de trente ans des discours de rupture variés. Elle revendique une maturité et une exigence artistique que ne viennent pas démentir, pour l’observateur, la diversification des procédés artistiques ou esthétiques mis en œuvre. Cette maturité se lit également dans la mise en place d’un appareil de consécration spécifique (festivals, prix, etc.) et dans l’apparition de nouvelles pratiques éditoriales (les « indépendants »). Enfin, la bande dessinée fait désormais l’objet d’analyses scientifiques, essentiellement sémiotiques et sociologiques.

La BD a néanmoins peiné, durant les années 1980, à trouver sa place dans l’horizon culturel. La plus grande part de sa production, déclinée sous forme de biens de grande consommation, figure au palmarès des livres les plus vendus, occultant par la même occasion les productions pointues qui prolongeaient les tentatives de légitimation issues des années 1970. La bande dessinée, privée d’une mémoire ou d’une histoire — accessible à quelques amateurs seulement —, s’est réfugiée derrière des appellations — « neuvième art », « roman graphique » — qui ont eu autant valeur d’antiphrase que de revendication1. La « littérature graphique » n’a cessé de pâtir de ses handicaps symboliques. Genre bâtard qui allie l’image au texte, son message ou ses techniques ont souvent été assimilés à une branche dégradée des arts visuels qui aurait renoncé à suivre l’évolution de l’art moderne. Ses tirages industriels et la standardisation des formats (le fameux 48 couleur cartonné) ont favorisé l’effacement de la figure de l’auteur ; au point que les créateurs sont devenus interchangeables au sein de « studios » de production. Ces derniers, raisonnant en termes de « séries », ont entretenu un « imaginaire d’adolescent mâle » qui a lui-même faussé la réception de tout un genre. Si la bande dessinée est néanmoins parvenue à forcer la porte des institutions scolaires et religieuses, ce fut le plus souvent au mépris de ses spécificités.

Cette crise profonde, visible notamment par la cessation d’activité de maisons reconnues, comme Futuropolis, ou l’arrêt de collections ambitieuses, telle Á suivre chez Casterman, n’a pourtant pas porté un coup fatal au mouvement d’autonomisation du champ de la bande dessinée. Au contraire, certains auteurs ont eux-mêmes salué les années 1990 comme une période de renouvellement des maisons d’édition, grâce à l’apparition d’éditeurs, dits « indépendants », qui ont généré un mouvement de fond dont l’on peut aujourd’hui mesurer l’impact sur la grande distribution. Cette évolution a permis non seulement une réappropriation de l’histoire du medium et de ses pratiques par les auteurs et les éditeurs mais il a également encouragé l’éclosion d’un nouveau courant critique et d’un méta-discours intégré souvent au sein même des œuvres. Les innovations esthétiques et les essais picturaux (par exemple, en Belgique, Fréon et Amok devenu Frémok, La Cinquième couche) et les recherches narratives (en Belgique toujours, Benjamin Monti et le collectif Mycose, ou encore José Parrondo) représentent autant d’interrogations du code même de la bande dessinée. Auteurs et éditeurs cherchent par ces expérimentations à explorer les potentialités d’un medium, à questionner ses limites, en transgressant les définitions traditionnelles et figées qui lui ont été assignées.

Le colloque organisé à Liège début octobre 2008 par la revue des lettres belges de langue française – Textyles – se structurera autour de trois pôles, chacun se concentrant sur un pan représentatif de ces évolutions : le premier pôle analysera les nouvelles pratiques esthétiques, narratives et éditoriales (qui s’inscrivent dans une histoire de la pratique de la bande dessinée) ; le second examinera les stratégies actuelles de légitimation du medium et le troisième étudiera les sociabilités nouvelles liées au fonctionnement des « maisons indépendantes ». Si ces trois pôles possèdent un ancrage socio-historique fort (donc un mode d’approche externe à la bande dessinée), ils sollicitent également une approche interne, notamment par l’analyse des discours et des œuvres qui privilégient la représentation et la mise en scène de ces thèmes dans la bande dessinée contemporaine. Ce colloque privilégiera les études mobilisant des exemples puisés dans la production contemporaine belge ou les études comparatistes faisant intervenir la Belgique (notamment dans ses rapports avec les autres pays francophones).

Le colloque aura lieu à Liège les 2 et 3 octobre 2008. Il prendra la forme, d’une part, de trois demi-journées de communications et, d’autre part, d’une dernière demi-journée consacrée à une table ronde. Celle-ci sera l’occasion d’un débat sur la problématique du colloque entre différents acteurs de la bande dessinée : auteurs, éditeurs, universitaires et libraires.

Les propositions de communication sont à envoyer pour le 31 janvier 2008 au plus tard à Björn-Olav Dozo (bo.dozo@ulg.ac.be) et Fabrice Preyat (fpreyat@ulb.ac.be). Les propositions seront soumises au comité scientifique et les avis d’acceptation seront envoyés aux auteurs pour le 15 février 2008.


Comité scientifique

Paul Aron (ULB/FNRS), Jean-Pierre Bertrand (ULg), Laurence Brogniez (FUNDP), Laurent Demoulin (ULg), Benoît Denis (ULg), Björn-Olav Dozo (ULg), Pierre Halen (Université de Metz), Véronique Jago-Antoine (Archives et Musée de la Littérature), Jean-Marie Klinkenberg (ULg), Denis Laoureux (ULB), Michel Otten, Pierre Piret (UCL/FNRS), Fabrice Preyat (ULB/FNRS), Marc Quaghebeur (Archives et Musée de la Littérature), Hubert Roland (UCL/FNRS), Jean-Maurice Rosier (ULB).


1 Groensteen Thierry, Un objet culturel non identifié, Angoulême, Éditions de l’An 2, 2006 (« Essais »).

 

Simon Leys - Textyles , n° 32 (2007)

La revue Textyles , revue interuniversitaire des lettres belges de langue française, publiera en 2007 un dossier consacré à Simon Leys.

Après des études de droit et d'histoire de l'art à l'Université catholique de Louvain, de langue, de littérature et d'art chinois à Taiwan, Pierre Ryckmans entame, par le biais de la traduction et de recherches sur la peinture chinoise, une brillante carrière de sinologue, qui le conduit à enseigner en Australie, où il s'installe en 1970. Il devient Simon Leys au moment de publier Les Habits neufs du président Mao . Cet essai est suivi d'autres ouvrages polémiques, qui le placent sous les feux de l'actualité au début des années 80. Il poursuit sa carrière d'écrivain en diversifiant ses intérêts et en faisant preuve de talents multiples. Il traduit par exemple le classique américain de Richard Henry Dana, Deux années sur le gaillard avant et publie des essais sur Orwell, Confucius, Malraux, Simenon, Balzac, D.H. Lawrence, Gide, Hugo, Cervantès, etc., ainsi que des récits, comme La Mort de Napoléon et Les Naufragés du Batavia .

On s'aperçoit aujourd'hui que les textes de Simon Leys transcendent les circonstances dans lesquelles ils ont été écrits. Ainsi les Essais sur la Chine ont-ils été réédités et continuent-ils d'être lus, même par les générations qui n'ont pas connu le maoïsme. Un tel constat amène à considérer son entreprise comme proprement littéraire. Au-delà de sa valeur propre, son ouvre nous semble également constituer un objet de recherche intéressant de par les positions atypiques occupées par l'écrivain : au plan idéologique et politique, il évolue souvent à contre-courant et ses textes apportent par là même un éclairage singulier sur certains aspects ou « moments » du champ littéraire ; au plan esthétique, il s'illustre dans des genres relevant de ce qu'on appelle la littérature d'idées (essai et, plus récemment, recueil de citations), genres très peu reconnus en Belgique francophone ; au plan géographique, il est sans doute le plus international des écrivains belges, puisqu'il bénéficie d'une large audience tant dans le monde francophone que dans le monde anglo-saxon.

C'est sous ces différents angles que nous souhaitons aborder l'ouvre de Simon Leys, par la collection d'études portant (notamment) sur les aspects suivants :

1) les principes esthétiques : les théories explicites ou implicites de l'écriture et de ses enjeux, l'articulation des questions éthiques et esthétiques, les affinités et les influences (notamment de l'esthétique chinoise), la reprise et l'usage des genres (essai, anthologie, récit historique, conte philosophique, compte rendu critique, etc.), la question de la traduction, l'activité critique ;
2) les contextes historiques : la valeur polémique de l'ouvre (avec qui polémique-t-il, par quels canaux, selon quelles méthodes ?) ; la situation de Leys dans le champ littéraire (occupe-t-il une position d'intellectuel ?) ;
3) le rayonnement international, dont il s'agirait de prendre la mesure, notamment au travers d'une analyse des revues où publie Simon Leys (le Magazine littéraire , New York Review of books .).

Les propositions de contribution sont à envoyer avant le 30 septembre 2006 à Pierre Piret : piret@rom.ucl.ac.be

Les articles (30 000 signes au maximum) sont attendus pour le 31 décembre 2006.

 

Littérature et Grande Guerre en Belgique

L'intérêt renouvelé pour la guerre de 14-18 (voir par exemple le colloque 2005 de Cerisy-la-Salle « Mémoire et antimémoires du XXème siècle: la première guerre mondiale »), s'observe aujourd'hui non seulement à travers la multiplication des travaux d'historiens consacrés à cette période clé du XXème siècle mais encore à travers l'importance que lui accorde la littérature de fiction. Xavier Deutsch et Xavier Hanotte participent en Belgique à un regain d'intérêt international dont témoignent ailleurs Pat Barker, Sebastian Faulks, Claude Simon, Jean Rouaud ou Philippe Claudel, pour ne citer que quelques auteurs parmi les plus visibles. L'actualité cinématographique récente n'est pas en reste.

C'est dans ce contexte d'actualité de la Première Guerre mondiale que Textyles publiera en 2006 un numéro spécial consacré à la Littérature et la Grande Guerre en Belgique. L'ambition du volume est double : il s'agira d'une part de (re)visiter un corpus ancien qui a longtemps été négligé, de l'autre de s'interroger sur l'actualité thématique de la Grande Guerre. Il est permis d'espérer que des passerelles jetées entre la période de l'entre-deux-guerre et notre époque contemporaine viendront éclairer d'un nouveau jour la question de l'écriture de la guerre.

En effet, la Grande Guerre n'est pas seulement une période-charnière dans l'histoire de l'Europe, c'est aussi une époque qui voit s'opérer des changements significatifs dans l'image de la Belgique intra et extra muros. Elle représente encore un traumatisme par rapport auquel les différentes générations d'écrivains qui ont suivi n'ont cessé de se référer : l'exemple d'Henry Bauchau l'atteste de manière éloquente. Les positions sont multiples et ont pu varier selon les époques, puisqu'il peut s'agir pour l'auteur de témoigner, de mettre en garde mais aussi, à l'heure actuelle, de s'inscrire dans un lieu, de perpétuer une mémoire, de donner un sens à l'histoire belge et internationale.

En 14-18 et pendant la période de l'entre-deux-guerre, la Belgique a vu l'apparition d'écrivains de guerre d'importance, qui n'ont toutefois pas rejoint la liste des Barbusse, Dorgelès et Remarque : ainsi Max Deauville, dont on s'apprête à rééditer l'ouvre. D'autres auteurs méritent qu'on s'y attarde dans une perspective qui pourrait être historique ou contemporaine, générique ou thématique. Le succès, fût-il momentané, de la poésie de guerre - celle d'E. Verhaeren, mais aussi celle de L. Christophe, R. Lyr ou A. Giraud - requiert qu'on s'intéresse à son fonctionnement, de même que par ailleurs la réception de certains essais ; l'activité de propagandiste des célébrités littéraires belges à l'étranger (Europe, Amérique du Nord) mérite également l'attention. Les années 1930 ont vu l'apparition d'ouvrages qui se revendiquent du climat pacifiste de l'après-guerre mais qui sont souvent publiés par ceux qui sombreront dans la collaboration (Paul Colin, Robert Poulet). L'analyse du drame patriotique - avec M. Maeterlinck - appelle davantage que des généralités. Dans ce corpus généralement mal connu, les ouvrages de Camille Hanlet ( Les écrivains belges contemporains de langue française , tome II, Liège, H. Dessain, 1946, p. 1150-1175) et celui qui a été inspiré par Maurice Gauchez (Amicale des Ecrivains Anciens Combattants, Vingt ans après !... Récits, contes et impressions de la guerre 1914-1918, Bruxelles, Fred. Wellens) peuvent fournir un point de départ. On pourra s'interroger également sur les solidarités personnelles et institutionnelles nées du conflit mondial, par exemple sur les amitiés indéfectibles forgées au front (M. Thiry.), ou très loin du front (F. Hellens à Nice.).

A côté de la question du pacifisme, des regroupements thématiques peuvent s'établir autour de la littérature héroïque (M. Lekeux), du roman d'occupation (J. Tousseul, P. Broodcorens, E. Glesener, R. Vivier) ou du roman mettant en scène le retour du soldat (M. Deauville). De même certaines images fortes de la littérature de la Grande Guerre peuvent retenir l'attention : celle de l'invasion (M. Ley), celle de la mort, des conditions de vie ou encore des troupes coloniales.

Les propositions sont à transmettre à Hubert Roland ( roland@licg.ucl.ac.be ) et à Pierre Schoentjes ( pierre.schoentjes@ugent.be ) avant le 25 février 2006. Les contributions retenues seront à remettre avant le 30 juin.

©2009 Textyles